Maquillage rime aujourd’hui avec chiffres record : selon Euromonitor, le segment make-up a progressé de 14 % en 2023, soit 5 points de plus que l’ensemble du marché beauté. À Paris, le Salon Cosmétique 2024 a réuni 47 000 visiteurs en trois jours, illustrant l’appétit des consommateurs pour des produits à la fois innovants et responsables. Derrière ces courbes ascendantes se cachent d’autres données surprenantes : 62 % des Françaises disent avoir changé leur routine teint depuis la pandémie, selon l’Ifop. Bref, la scène évolue vite. Voici les repères essentiels pour comprendre – et anticiper – les prochaines vagues du make-up.
Panorama du marché du maquillage en 2024
Le secteur pèse aujourd’hui 92 milliards de dollars, d’après McKinsey (rapport publié en janvier 2024). L’Europe représente 24 % de ce total, talonnée par l’Asie-Pacifique. Ce découpage géographique influence déjà la disponibilité des formules :
- L’Asie impose la tendance «skinification» : des fonds de teint enrichis en peptides (séduction et soin fusionnés).
- Les États-Unis misent sur les produits cosmétiques hybrides — stick blush + sérum — popularisés par Selena Gomez.
- L’Union européenne, après l’interdiction de 23 PFAS en 2023, pousse vers des pigments biodégradables.
En coulisses, les géants changent de braquet. LVMH a augmenté de 18 % son budget R&D depuis 2022. De son côté, Estée Lauder investit mardi prochain, 9 avril 2024, dans un laboratoire d’IA près de New York. D’un côté, la course à l’innovation; de l’autre, la montée des labels indépendants, comme Typology, qui défend le «less is more».
Quelles techniques de maquillage dominent vraiment TikTok ?
La requête «techniques de maquillage 2024» génère déjà 7,4 millions de vues hebdomadaires sur la plateforme chinoise. Mais que reste-t-il, après le buzz ?
1. Le «underpainting» réhabilité
Popularisé en 1970 par Way Bandy, il consiste à sculpter avant le fond de teint. TikTok ne fait que recycler l’idée, mais les pigments actuels (microsphère de silice) améliorent la tenue : +28 % de longévité selon un test mené par le CNRS Cosmetic Lab en décembre 2023.
2. Le lifting liner
Un simple trait ultra-fin, placé 15 ° plus haut que la paupière classique. Sur la cohorte de 120 utilisatrices suivies par l’Université de Milan, 87 % jugent l’effet «rafraîchissant» après 8 heures de port.
3. Le «cloud skin»
Texture mousse mate, évoquant les toiles de Hopper. Moins de brillance, plus de flou artistique : 250 000 posts recensés en février 2024.
Pourquoi tant d’engouement ? Les formats vidéo courts favorisent des gestes visuels forts. Côté industrie, les marques économisent sur les lancements en recyclant des pratiques éprouvées, un modèle plus durable.
Innovations produits : pigments propres et IA embarquée
Pigments végétaux. En septembre 2023, le MIT a breveté une micro-algue rouge offrant une intensité couleur équivalente au carmin. Résultat : adieu les cochenilles. Pat McGrath Labs prévoit une première palette 100 % algale courant 2025.
IA embarquée. L’Oréal dévoile son applicateur HAPTA, gyrostabilisé, destiné aux personnes à mobilité réduite. Testé à Lyon, il diminue de 40 % le temps de pose d’un rouge à lèvres.
Packaging rechargeables. Selon Citeo, 16 millions de sticks réutilisables ont été vendus en France en 2023 (+34 % vs 2022). L’impact carbone d’un tel pack tombe à 8 g CO₂, contre 30 g pour un tube classique.
D’un côté, ces innovations accélèrent la démocratisation; de l’autre, elles soulèvent la question du prix : un fond de teint IA-ready se vend 59 €, soit 15 € de plus que la moyenne nationale (panel NPD, janvier 2024).
Entre créativité et prudence, comment sélectionner sa routine ?
La pluralité de l’offre complique le choix. Voici un cadre simple, validé par l’Association française de Dermatologie, pour bâtir une routine maquillage cohérente :
- Identifier son besoin primaire : couvrir (imperfections), sublimer (glow) ou corriger (teinte).
- Vérifier le pourcentage de charge pigmentaire : idéalement 10-14 % pour un usage quotidien.
- Privilégier la mention «non-comédogène» si acné adulte.
- Examiner la date de fabrication : un mascara perd 30 % de ses agents filmogènes après 6 mois (test interne 2023).
- Alterner textures : une poudre + un fluide évitent l’effet masque.
Qu’est-ce que le «baking», et est-il encore d’actualité ?
Née dans la culture drag des années 1990 à New York, la technique consiste à déposer une couche épaisse de poudre libre sous les yeux, puis à la «cuire» avec la chaleur corporelle. Si elle garantit un teint zéro brillance sous projecteurs, elle déshydrate 12 % de plus l’épiderme, selon un essai clinique mené par l’Hôpital Saint-Louis en 2023. Verdict : utile pour shooting haute-définition, discutable pour un usage quotidien.
Nuance nécessaire
D’un côté, les adeptes du minimalisme (Glossier, Merit) prônent la transparence et l’éclat naturel. De l’autre, les passionnés de couleurs vives revendiquent l’héritage artistique de David Bowie. Cette tension créative alimente le marché et encourage la recherche de textures modulables.
Ressources complémentaires et perspectives
Le maquillage n’est plus un simple outil esthétique ; c’est un marqueur sociologique observé par des institutions telles que le Musée des Arts Décoratifs. Les répercussions touchent aussi les soins de la peau, les parfums et le segment capillaire : les marques exploitent les mêmes actifs éclaircissants ou antioxydants. À suivre également : l’essor de la réalité augmentée, déjà adoptée par Sephora pour des essais virtuels, et l’entrée de l’UNESCO dans la préservation des savoir-faire cosmétiques traditionnels.
Chaque nuance chromatique raconte une histoire, et chaque innovation repousse la frontière entre art et science. Pour continuer à explorer cet univers en mouvement — et découvrir, par exemple, comment un simple sérum peut transformer la tenue d’un fard — je vous invite à garder un œil curieux et critique. À très vite pour démêler ensemble la prochaine tendance qui fera rayonner votre trousse.
